Les émeutes de 2005 étaient déjà passées aux oubliettes. Elles avaient pris fin, et c’est là tout ce qui comptait. Tout était redevenu normal, la France était à nouveau une nation sereine et paisible. Mais notre hymne nationale sifflée au Stade de France, et bien sûr les évènements de Villiers-le-Bel, sont venus nous rappeler à l’évidence : quelque chose ne tourne pas rond en France, l’intégration est un échec cuisant.
Et pourtant, la gauche crie au scandale lorsqu’on emploie ce mot « intégration » qu’elle juge tabou. Quant à la droite, si elle aborde le problème, ce n’est que par amalgames dangereux ou déformations volontaires de la réalité. Elle part du principe, emprunté directement à l’extrême droite, que l’échec de l’intégration est la conséquence de notre politique en matière d’immigration. C’est d’ailleurs sur la base de ce raisonnement qu’a été adopté par le Parlement le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration et à l’intégration.
En associant immigration et intégration, Nicolas Sarkozy et son gouvernement font malheureusement plus qu’une simple maladresse : ils commettent une grave erreur d’appréciation. Car les personnes qui ont du mal à s’intégrer dans notre République, qui peinent à accepter nos principes, nos valeurs et nos lois, ne sont pas des étrangers. Ceux qui mettent à feu et à sang nos banlieues, ce sont pour la plupart des Français, comme vous, comme moi, nés en France, de parents français le plus souvent. Le problème, ce n’est donc pas l’immigration, mais le chômage, l’éducation, et tout un ensemble de maux dont souffre notre société. En limitant sa politique d’intégration à la lutte contre l’immigration, et en y dévouant tous les efforts de la nation, Nicolas Sarkozy se trompe de cible, il stigmatise et cherche à donner l’impression que le problème est réglé. Au final, rien de bien efficace n’est entrepris, et c’est l’unité de notre société toute entière qui en souffre.
A un problème global, il faut apporter des solutions globales. Ca tombe bien, le terme « Grenelle » est à la mode. A quand alors une grande réflexion sur l’intégration, qui pose les vrais problèmes pour trouver les vraies solutions ? Car quand des jeunes embrasent des voitures, incendient leurs écoles et tirent sur les forces de police, la nécessité d’agir n’est plus à démontrer. Mais encore faut-il éviter les écueils dans lesquels tombent systématiquement la gauche et la droite : sans tabou et sans démagogie, on peut, on doit même, parler des problèmes d’intégration, en remettant à plat l’ensemble des bases de l’intégration républicaine. Il est temps d’adopter cette démarche responsable. Nul doute que le MoDem est prêt à relever le défi de cette vaste - mais nécessaire - réflexion.
Certains combats cessent d’exister… désertés par leurs contradicteurs, leurs spectateurs ou leurs animateurs. Le combat territorial fait partie de ces combats-là et c’est Edouard Balladur qui est venu nous le rappeler dernièrement. Dans les conclusions médiatisées du Comité sur la modernisation et le « rééquilibrage » des institutions, vous ne trouverez pas de bilan de la décentralisation, pas de réflexion sur les liens, le rôle et l’imbrication institutionnelle de nos territoires.
L’hyperprésidentialisme a donc fait une nouvelle victime ; la concentration des attentions et des réflexions sur la « tête » de l’Etat a squizzé toute remise en question de l’organisation territoriale française. Personne ne soutiendra que cette question n’est pas au cœur de la thématique institutionnelle, personne ne soutiendra non plus que tout a été fait en matière territoriale et que nous sommes aujourd’hui parvenus au point de perfection. Non, le territorial reste un combat et pourtant, on a toujours l’impression que le territoire sent la vache ou le pâté.
Aux racines du mal français, il y a sans doute ce flou indéfinissable et mouvant qui peine à installer le citoyen dans son lieu, l’acteur public dans son rôle. Aux racines du mal d’Europe, il y a sans doute cette incapacité à définir, nommer et faire vivre les niveaux de pouvoir. Plus que des paillettes et des élans médiatiques, les citoyens ont besoin de proximité, de concret, d’encadrement et de clarté. C’est la redéfinition des territoires, ce sont des leviers d’action nouveaux pour les acteurs politiques locaux qui réconcilieront durablement le citoyen avec ses représentants.
La logique partenariale, le compromis et la pédagogie ont prouvé qu’ils savaient vivre à l’échelle de nos communes, de nos pays et de nos régions. Militons pour installer ces logiques dans les habitudes de la politique nationale. Proposons une redéfinition des responsabilités de chacun.
Un rapide bilan des territoires en France laisse apparaître 3 niveaux malades et 2 niveaux bien vivants.
- L’Etat peine à réformer, investir et rassembler. Destinataire de toutes les attentes et de tous les mécontentements, il en est réduit à distribuer plus d’argent que d’avenir.
- L’Europe peine à s’enraciner dans le concret, à susciter à nouveau l’espoir. Elargissements et referenda ratés, nouvelles peurs, truchement des discours nationaux : que reste t-il de nos rêves ?
- Le département demeure le symbole de cet enchevêtrement illisible de compétences. Entre les communautés d’agglomération et les Régions, sa place s’est réduit jusqu’à disparaître sans que jamais les conséquences n’en soient tirées.
- La région, solide entité dans cette nouvelle carte des compétences héritée de la décentralisation, échelon pertinent du développement économique et des aménagements publics réclame un nouveau souffle ; capacités nouvelles de financement, adaptabilité réglementaire, représentation nationale et péréquation restent à inventer.
- Les communautés de communes, d’agglomération ou urbaine se sont imposées dans notre quotidien. Aujourd’hui elles réclament une pleine légitimité, démocratique et financière.
Se battre pour l’Europe de la défense, de l’environnement, de la recherche et de l’investissement, se battre pour des régions innovantes, leaders dans le développement économique, se battre pour une démocratie de proximité respectée et capable d’endiguer le malaise des zones oubliées: voilà du grain à moudre pour repenser le sens et l’efficacité de nos institutions, voilà de quoi « moderniser » et « rééquilibrer » notre démocratie. Dessiner, dans le cœur des citoyens, une carte nouvelle des territoires et des appartenances, voilà ce qu’est le moment territorial, voilà ce qu’est ce combat oublié.
Faisons vivre les prochaines élections municipales plus fort !
P. G.
La Commission Balladur a rendu son rapport sur la réforme des institutions de la Vème République ce mois dernier. Ce rapport final rassemble 77 propositions devant permettre une rééquilibrage les pouvoirs et un meilleur fonctionnement de notre démocratie. Cependant, les suites à attendre de ce rapport sont encore floues. Espérons qu’il sera suivi d’effets, et qu’il ne sera pas oublié après les municipales. Il présente en effet des avancées dans de nombreux domaines, et devrait de toute façon être la base d’un débat porteur sur les institutions.
Mais la publication de ce rapport et le débat sur la réforme des institutions qui l’entoure soulèvent une nouvelle question: la réforme des institutions permettra-t-elle de résoudre la crise de la représentation ? Car c’est bien cette crise de la représentation qui est à l’origine des dysfonctionnements de la démocratie française auxquels on assiste aujourd’hui.
N’y aurait-il pas une tendance, dans le discours politique, à transformer cette crise de la représentation en une crise des institutions ? Une crise de la représentation est en effet beaucoup plus problématique pour les hommes politiques, dans la mesure où admettre l’existence d’une telle crise reviendrait à remettre en cause leur propre pouvoir. Tandis qu’une crise des institutions est indépendante de la volonté des hommes politiques, qui peuvent même faire de la résolution de cette crise le coeur de leur action politique.
Je ne conteste pas l’existence de dysfonctionnements dans le système institutionnel français. Il existe bien un problème de séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif ; la question du rôle du premier ministre et des parrainages pour les élections présidentielles sont de réels problèmes. Mais je me demande (et vous demande) si la « crise de la démocratie française » trouvera dans ce rapport son remède, et si inconsciemment ou consciemment l’accent n’est pas mis sur la crise des institutions pour gommer la crise de la représentativité, bien plus grave et bien plus complexe à régler.
C’est à partir de 1995 que sont apparus les premiers symptômes d’une crise de la représentation en France. Elle semble résulter de la combinaison de deux phénomènes : la défiance à l’égard des élites qui gouvernent la France et le refus de toute forme d’adaptation au monde moderne. Cette crise de la représentation explique ainsi la montée des extrêmes, le FN comme l’extrême gauche se nourrissant de cette défiance à l’égard des gouvernants et de cette peur face au changement.
Cette crise du système représentatif est apparue d’autant plus évidente à mesure que les moyens modernes de communication ont fait de l’opinion publique un partenaire incontournable du fonctionnement démocratique. La prise de parole de l’opinion publique brouille complètement le message de la démocratie représentative. La généralisation des blog exprime la volonté de se faire à son tour journaliste.
En dépit de ce bouleversement, le système représentatif continue de considérer l’électeur comme un citoyen passif. Le citoyen reste cantonné dans ces moyens de communication et d’information relativement indirects avec les partis et les hommes politiques. Les mécanismes de sélection des dirigeants au sein des partis demeurent obscurs pour lui (sauf au MoDem bien sûr, parti de la démocratie interne et de la transparence par excellence…). Ainsi, les institutions de la démocratie représentative sont devenues aujourd’hui non seulement des outils inefficaces, mais aussi de véritables machines à exclure.
Cette défiance à l’égard des représentants débouche sur une remise en question courante des lois par la « rue ». On l’a vu lors de la crise du CPE, et on le voit aujourd’hui avec la mobilisation étudiante contre une loi déjà votée, la loi LRU. Tout se passe comme si, pour être légitime et applicable, la loi avait désormais besoin d’une double ratification : celle du Parlement, celle de la « rue ».
Face à cette crise de la représentativité, la Constitution peut apparaître comme un bouc émissaire facile. La constitution de la Vème République serait la source de tous les maux de notre démocratie, et le responsable serait donc son père fondateur, le général de Gaulle. Ce dernier est accusé d’avoir taillé les institutions de la Vème République à sa mesure, ce qui expliquerait qu’elles ne conviennent plus à ses successeurs. Mais, comme le fait remarquer à juste titre Jacques Julliard dans Nous, le peuple – Crise de la représentation, le général de Gaulle était au contraire le seul qui n’avait pas besoin de « béquilles constitutionnelles » pour imposer son pouvoir. La crise de la représentation était donc probablement latente en 1958, mais a été étouffée par la carrure du général et sa capacité à regrouper autour de sa personne. La crise de nos institutions apparaît donc comme une fable cachant quelque chose de plus sérieux : la crise de la représentation.
Il ne faudrait donc pas surévaluer la capacité du rapport Balladur à améliorer fondamentalement le fonctionnement de la démocratie française. Il est peu probable que les 77 propositions règlent la crise de défiance des citoyens envers leurs représentants. Il s’agit avant tout d’un rapport améliorant le fonctionnement des institutions de la 5ème République, et non le fonctionnement de notre démocratie de façon plus générale.
Pour dépasser cette crise de la représentation, peut-être serait-il temps que les dirigeants tendent l’oreille aux demandes de consultation des citoyens. Ces derniers demandent de plus en plus à participer au processus de réflexion sur l’élaboration des politiques publiques, par l’intermédiaire des blogs, des cercles de réflexion, des groupes d’intérêts…On assiste au passage de la démocratie ponctuelle (consultation tous les 5 ans) à des formes de démocratie permanente. En effet, beaucoup de ceux qui manifestent leur scepticisme à l’égard du Parlement participent à une vie associative où le principe délibératif est roi et où les procédures sont celles-là mêmes qui ont cours dans la vie parlementaire. Le général de Gaulle avait bien saisi cette demande sans cesse accrue de participation, qui face à la révolte étudiante, avait fait dans son discours du 30 mai 1968 du mot d’ordre de participation la clé ouvrant la démocratie à venir.
Adrienne Brotons.
François Bayrou a qualifié jeudi d'"acte épouvantable" l'attentat meurtrier contre la "femme courageuse" qu'était Benazir Bhutto, y voyant "un très mauvais signe" pour le monde. "C'est un acte épouvantable qui vient de frapper et de tuer Benazir Bhutto", a-t-il déclaré. "Après de nombreux attentats qui la prenaient pour cible, celui-là a hélas emporté une femme courageuse, engagée jusqu'au bout pour reconstruire un pays en décomposition". "Comme lors de l'assassinat du commandant Massoud, le fanatisme a ainsi atteint son but et c'est un très mauvais signe pour la situation dans cette région du monde et probablement dans le monde tout entier", a poursuivi le président du MoDem. Toutes les personnes de bonne volonté doivent joindre leurs efforts pour que le processus démocratique puisse se poursuivre en dépit des rancoeurs et de la douleur", a conclu le député des Pyrénées-Atlantiques.
A peine le comité Balladur venait-il de rendre public son rapport sur la réforme des institutions, que les critiques ont fusé de toute part : de la gauche d’abord, horrifiée à la simple idée d’autoriser le président à descendre dans l’arène parlementaire, mais aussi – certes de façon beaucoup moins virulente – d’élus de la majorité, peu enclins à renoncer à certains de leurs multiples mandats. Quant à François Bayrou, il estime que le rapport « accroît la dérive des institutions ».
François Bayrou dénonce en particulier 4 propositions qui apparaissent inacceptables, dont deux concernent les élections législatives. En premier lieu la proposition n°4 qui émet l’idée d’organiser le premier tour des législatives le jour du second tour des présidentielles, ce qui non seulement accentuerait la bipolarisation, mais aliénerait complètement les députés, les résumant à leur étiquette politique. En outre, peut-on raisonnablement envisager de superposer les deux campagnes des deux élections gouvernementales, alors que les présidentielles monopolisent les passions et l’espace médiatique ? Seconde critique concernant les législatives : l’introduction d’une dose de proportionnelle de « vingt ou trente sièges », ce qui apparaît « presque insultant » aux yeux de François Bayrou qui ne voit pas là une volonté de pluralisme, mais seulement la « charité de quelques sièges à ceux qui ont refusé de se soumettre à la bipolarisation ».
Le président du MoDem s’élève également contre la proposition de substituer aux 500 signatures requises pour se présenter aux présidentielles le vote d’un collège de 100 000 élus, ce qui « reviendrait à organiser une démocratie à deux degrés. ».
Il regrette enfin que n’ait pas été retenue sa proposition de faire valider les plus importantes nominations du président de la république par le parlement à la majorité qualifiée.
Signe des temps qui courent, les principales critiques de la position de François Bayrou émanent de ces anciens alliés. Jean Louis Bourlanges (vice président de feu l’UDF et membre du comité Balladur) lui reproche notamment d’isoler « 4 propositions sur 77, dont deux ne sont même pas d’ordre institutionnel ». Effectivement, en France la loi électorale ne dépend pas de la constitution ; en conséquence axer la critique du projet de réforme des institutions sur ce point apparaît peut stratégique. Il affirme en outre que le rapport va dans le sens d’un « rétablissement d’un pouvoir parlementaire digne de ce nom » ajoutant au passage « Comme le Méphisto de Goethe, François Bayrou fait chaque jour davantage figure « d'esprit qui nie tout ». Quant au collège 100 000 élus, il estime que cela ne fait qu’étendre le « collège » composé actuellement par environ 47 000 maires, et ne constitue en aucun cas un filtre supplémentaire. Quoi qu’il en soit ce n’est qu’un point anecdotique du rapport. Dès lors que faut-il penser vraiment du projet de reforme des institutions ?
Si François Bayrou a réitéré sa menace de voter contre le 1er décembre lors du congrès fondateur du MoDem, il ne nie pas que le projet contient des éléments positifs, notamment en rendant une part de son indépendance au parlement. Le rapport Balladur propose en effet de renforcer les pouvoirs du parlement ; d’une part en lui permettant entre autres de fixer la moitié de son ordre jour – c’est fondamental –, d’autre part en renforçant sa fonction de contrôle de l’exécutif, en prévoyant notamment qu’il soit assisté par la Cour des comptes, qui entrerait ainsi dans son giron. Dès lors pourquoi voter contre ? Comment le simple fait de regretter que les réformes n’aillent pas plus loin pourrait-il justifier de les rejeter toutes en bloc ? En réalité les propositions du comité Balladur prises dans leur ensemble souffrent d’un profond défaut : elles ne vont pas au bout de leur propre logique. Le rapport Balladur ne va pas jusqu’à proposer l’instauration du vrai régime présidentiel, vers lequel pourtant nombre de ses propositions semblent tendre. Lorsque François Bayrou évoquait la reforme des institutions durant l’élection présidentielle, il prônait une stricte séparation des pouvoirs expliquant que dans sa VI° républiques : « C’est au Président de déterminer et de conduire la politique de la nation. », celui-ci devenant dès lors le chef du gouvernement. Il suffit d’ajouter à cela un parlement renforcé et on obtient les bases d’un régime présidentiel.
Dès lors le problème essentiel de la reforme réside principalement dans l’ambiguïté qui subsiste au sein de l’exécutif. La modification des articles 5 et 20 définissants les rôles du président et du gouvernement ne fait que couper la poire en deux. Le gouvernement jusqu’alors en charge de « déterminer et de conduire la politique de la Nation » aurait certes toujours pour fonction de la « conduire » mais laisserait au président le soin de la « déterminer » ; ce qui, à première vue, semble aller dans le sens d’une simple institutionnalisation des pratiques actuelles, et sarkozystes en particulier. Cependant en s’arrêtant ainsi à mi-chemin, la reforme briserait la « belle harmonie » qu’est le texte actuel, malgré tous ses défauts, le privant de la flexibilité qui faisait sa force. En effet, dans le cas d’une cohabitation – certes peu probable désormais, mais pas impossible – nous nous retrouverions face à un vide institutionnel qui déboucherait sur une crise politique très grave.
Regrettons, pour conclure, que les membres du comité aient mystérieusement renoncé à proposer une limitation du nombre de mandats présidentiels, signe s’il en était besoin que Sarkozy envisage sérieusement l’hypothèse de monopoliser le pouvoir jusqu’en 2022, et pourquoi pas un peu plus ?
Rien ne va plus au centre, c'est la débâcle ! Hier, un attrait exponentiel, une popularité grandissante, une troisième place sur le podium présidentiel. Aujourd'hui, une pâle figure, décomposée et inanimée. Le centre n'est plus ce qu'il était. Hier un rêve d'union, une ferveur partagée, un projet alternatif. Aujourd'hui, un silence assourdissant. Blessé, trahi, l'animal Bayrou rechigne à passer devant les caméras, il s'isole dans le cocon protecteur de sa fidèle amie, Marielle de Sarnez, et s'excentre, à Pau, pour retourner aux sources et panser ses plaies.
Le centre aujourd'hui, cela ressemble également à l'un de ces trop nombreux jeux télévisés. Le président de l'UDF avait annoncé "une traversée du désert" à ses fidèles "bédouins". Mais les députés, les sénateurs et les élus locaux, attachés à l'ancienne UDF, à son ancrage giscardien au centre-droit et à la paisible atmosphère d'un parti de cadres provinciaux, n'étaient pas d'accord. Trop vieux, ils n'auraient donc pas, comme les jeunes militants, "toute la vie devant eux" pour prendre le temps de construire sur la longue durée, un mouvement démocrate ? Peut-être. Les uns après les autres, Cavada le dernier, ils ont coupé la corde qui les tenait attachés au premier de cordée et ont demandé à partir. Oui, depuis six mois, l'UDF joue à "Je suis une célébrité, sortez-moi de là".
De fait, le centre est en proie à une violente crise existentielle. Certes, il n'est pas le seul. Le parti socialiste traverse une passe délicate et l'on n'y communique plus guère que par livres interposés, alors que la démocratie participative, où l'on se dit tout, même si l'on a rien à dire (les mythiques soirées télévisées de l'an passé en sont la preuve), était censée être la force d'un parti rénové. Il est vrai qu'un parti qui publie est aussi un parti qui réfléchit, c'est une excellente chose, mais elle est insuffisante et ne peut pas devenir une alternative à une solide et soudée équipe de direction.
Le PS, le MoDem et le Nouveau centre ont au moins un point commun: la tentation de l'existentialisme. Peinant à se définir, puisque les "recettes du passé" ne sont plus au goût du jour, ils veulent agir pour exister. Comme Sartre, dans l'Existentialisme est un humanisme, ils veulent croire que "la seule chose qui permette à l'homme d'exister, c'est l'acte". Alors que faire pour montrer que l'on existe quand on n'a pas de moyens (financiers dans le cas du Nouveau Centre, intellectuels dans le cas d'un MoDem sans parlementaires) de s'affirmer ? Il ne reste qu'à contester pour se faire remarquer. Au MoDem, on ne se veut ni à gauche, ni à droite, on rechigne à soutenir Sarko, on accuse les Nouveaux centres de traîtres et on compte les morts. Quand les réformes sont nécessaires, comme la réforme des universités ou celle des retraites, on ne se mouille pas, on ne se prononce pas ou peu, alors qu'au fond, on les soutient largement, en se contentant de condamner les blocages et de plaindre les Français qui "sont pris en otage" par les grévistes. Au Nouveau Centre, on ne veut pas être assimilés avec la "bande à Bayrou" et l'on soutient Sarkozy sans se mouiller.
Or, qu'en résulte-t-il ? Une déplorable image de centre mou, couard, un révolté muet qui ne se définit que par ce qu'il n'est pas (ni à gauche ni à droite) et néglige de mettre en avant ce qui lui est propre. On dénonce les failles du système. Fort bien, elles méritent de l'être ! Mais ce ne doit être qu'une étape dans la conquête des esprits ! Il faut mettre en avant nos idées, nos propositions, enfin nos "valeurs"- puisque ce terme est à la mode. Humanisme, pluralisme, construction européenne, régime parlementaire, économie libérale et société méritocratique: voilà ce en quoi nous croyons ! Il faut le mettre davantage en avant. Michel de Serteau l'écrivait sur les déboires de Mai 68: "c'est un devoir aussi que penser".
En ce sens, le Congrès des 1er et 2 décembre derniers a marqué une étape importante dans la restructuration de notre famille politique, car ce congrès, et l'idée même de Mouvement démocrate, manifestent la volonté du centre d'exister "en soi" et non par rapport aux autres tendances politiques. “Il faut sortir de la seule désignation géographique (le centre) et nommer ce projet, non pas en référence à ses concurrents de droite et de gauche, mais lui donner son véritable nom, démocratie, lui rendre ses racines dans la grande famille démocrate qui va nécessairement s’organiser dans le monde en concurrence avec les néo-conservateurs et avec l’internationale socialiste", écrit ainsi François Bayrou dans la revue Commentaire.
La tentation de l'existentialisme, nous l'avons dit, n'est donc pas suffisante pour permettre à notre famille politique de se définir et de se donner une raison d'être. Il faut penser et puiser dans le passé proche, ou plus ancien, ce qui fait la force de notre mouvement, et le mettre en avant. L'excès inverse serait de se replier dans une langueur passéiste, effrayée par les défis de l'avenir. Reprenons à notre compte la phrase de René Char, "notre héritage n'est précédé d'aucun testament". Voyons clair également ! Discernons les forces et les faiblesses des propositions de "troisième voie", car ces forces et ces faiblesses sont multiples. Et avec John F. Kennedy, rappelons- nous que "le vrai politique est celui qui sait garder ses idéaux tout en perdant ses illusions".
Cette année est essentielle, car elle est un tournant, qu'il s'agit de prendre en douceur. Animer une association centriste à Sciences Po n'a de sens que si l'on réfléchit et défend les idées qui sont les nôtres, car les hommes et les partis évoluent et s'opposent sans qu'il n'en ressorte pour l'heure rien de bon. Débattre, publier, convaincre, militer, et faire germer le désir d'engagement pour une "troisième voie", réfléchie, jeune et dynamique. Voilà toute la raison d'être de MoDem & Centriste. Il en est encore temps, rejoins- nous !
François Bayrou a jugé vendredi que la visite officielle en France du colonel Kadhafi était "indigne de la France et indigne pour la France", appelant "les démocrates et les républicains" à dire leur "réprobation" devant la politique extérieure de Nicolas Sarkozy. En effet, le président du Mouvement démocrate estime que "le dictateur libyen qui s'est rendu coupable d'actes de terrorisme parmi les plus cruels des dernières décennies" et de "prises d'otages" avec les infirmières bulgares "ne doit pas être honoré par la France", a-t-il ajouté. Il a, par ailleurs, dénoncé la politique suivie par le président de la République, qui "pendant sa campagne annonçait qu'il pratiquerait une diplomatie morale", or "nous voilà les premiers et seuls à féliciter Poutine pour ses "élections", nous voilà disant ouvertement à la Chine qu'elle pouvait disposer de Taiwan et que nous ne nous inquiéterons plus du Tibet, nous voilà alignés sur la puissance américaine, et les amis de Kadhafi", a-t-il dénoncé. Pour François Bayrou "tout cela demande dans l'opinion française une mobilisation d'indignation", dénonçant "la diplomatie business" menée en fonction "du carnet de chèques" des interlocuteurs. "J'appelle les démocrates et les républicains à dire, s'il le faut ensemble, leur réprobation et leur indignation", a-t-il déclaré.
Le Nouveau Centre vient de trouver un moyen tordu (mais légal) pour récupérer le financement de l'Etat après lequel il courait depuis des mois. Ainsi, le parti d'Hervé Morin va t'il empocher la coquette somme de 950 000€ annuels (argent de l'état donc de tout les citoyens) pendant les cinq années de la législature. Comment ? En signant une convention avec le Fetia Api, un petit Parti politique polynésien présidé par Philip Schyle. Les textes prévoient, en effet, pour les Partis d'Outre-Mer, de recevoir une aide dès qu'ils ont présenté un candidat aux législatives. En métropole, il faut que des candidats soient présentés dans 50 circonscriptions au minimum pour qu'un Parti bénéficie de 45 000€ annuels par député élu. Le Fetia Api polynésien a obtenu un peu plus de 1000 voix au total dans ses deux circonscriptions soit 1,11% des suffrages exprimés. Il suffit que les 21 députés du nouveaux Centre signalent leur rattachement au Fetia Api, à la Commission Nationale des comptes de campagne, ce qui a été fait, pour que 950 000€ tombent chaque année dans la caisse de Fetia Api à Tahiti. La somme est aussitôt reversée au Nouveau Centre à Paris. 20 000€ environ seront conservés par le Fetia Api selon les termes de la convention signée mercredi à Papeete. Le Parti polynésien, jusqu'en mai dernier, bénéficiait d'un accord avec l'UDF, mais c'était le Parti de François Bayrou qui lui versait de l'argent. Le Nouveau Centre est devenu, de fait, un Parti Polynésien. Nos amis polynésiens apprécieront ce regain d'intérêt pour leur cause uniquement motivé par l'argent....il y a des jours ou l'on se demande ou va la démocratie face aux règles de l'argent roi. Qui ose encore prendre des risques et mettre sur la table ses convictions politique avec honneur et courage quitte à le payer de sa personne ?. (A part François Bayrou qui aura perdu la quasi totalité de ses députés pour défendre la cause d'un mouvement indépendant des idéologies capitaliste et socialo-communiste au profit de la cause des citoyens unis au dessus des communautés). Cette situation inspire une double question qui pose la limite de l'acceptabilité de la loi utilisée par le Nouveau Centre pour "empocher" cette manne providentielle. En effet comment autoriser intellectuellement ce tour de passe sachant que :
- au moment de la campagne des législatives jamais le Nouveau Centre ne s'est réclamé de la cause polynésienne et n'a donc pas averti les citoyens de son rattachement. Un parti pourrait donc se réclamer d'une cause "a posteriori" et y assimiler ses électeurs ? Dangereux...et si un jour un parti majoritaire se réclamait de la suppression du suffrage universel ou contre la liberté de la presse après son élection. On dirait que ces électeurs sont forcément pour ?
- le nouveau Centre bénéficie d'un financement comme si il avait réalisé 1% des suffrages exprimés en moyenne sur l'ensemble du territoire ou ses candidats étaient présents alors qu'en devenant polynésien il peut se satisfaire uniquement des 1% réalisé en Polynésie...mais l'immense majorité de ses candidats et de son résultat a été obtenu en métropole. Ainsi on entérine le fait que 1% en Polynésie équivaut a 1% sur l'ensemble du territoire national ou bien que les candidats du Nouveau Centre en métropole représentaient la Polynésie...ce qui est un mensonge manifeste et une tromperie des électeurs donc de la république. Je me trompe ? Si oui merci de me contredire sur le symbole d'une telle décision et sa signification républicaine. L'argent permet de tout acheter, même sa légitimité à toucher de...l'argent ?
Comment la république peut elle laisser faire de telles "manoeuvres" (pour ne pas dire manipulations) sachant évidemment que le sujet central n'est pas (hélas) la cause polynésienne et que le produit de cette manoeuvre bénéficie largement plus au Nouveau Centre qu'a Fetia Api...qui vend son ainsi son âme pour une commission de 20 000€. Ce qui serait drôle et légitime et que le président de Fétia Api prenne la direction et le contrôle du Nouveau Centre...on le lui souhaite mais bizarrement cette hypothèse n'a semble t'il pas été étudiée :)
Gilles Artigues
Véronique Fayet conseillère régionale d’Aquitaine
Jacqueline Gourault sénateur du Loir et Cher
Olivier Henno Maire de Saint André lez Lille
Jean Lassalle député des Pyrénées Atlantiques
Catherine Morin-Desailly sénateur de Seine Maritime
Jean Marie Vanlerenberghe sénateur du Pas de Calais
Céline Alléaume
Quitterie Delmas
Fabienne Faure
Marc Fesneau
Christophe Madrolle
Patrick Mignola
Pierre Emmanuel Portheret (animateur et coordonnateur)
Raymond Pronier
Je suis très frappé par le Congrès fondateur que nous avons eu et je suis très frappé par le changement que nous assumons ensemble. Il y a longtemps que je voulais et que je rêvais d'un changement profond dans la désignation de cette famille politique qui, jusqu'à maintenant, était uniquement qualifiée de centre ou de centriste. J'ai toujours trouvé que centriste, cela rimait avec triste et j'ai toujours préféré dire centrale, mais il me semblait depuis longtemps que l'enjeu c'était que l'on ne nous désigne plus par une définition géographique, par référence à la droite et à la gauche, mais que l'on nous désigne par notre identité.
Discours de François Bayrou en clôture du Congrès fondateur du Mouvement démocrate
François Bayrou 2007
